Canto General
2 juin 2012 - Zénith d'Auvergne

Le 2 juin 2012, le Choeur de Chateaugay a participé à la présentation du "Canto General" au Zénith d'Auvergne.
L'oratorio de Mikis Théodorakis comporte neuf poèmes qui se prêtent le mieux à une mise en musique :
Vegetaciones, Vienen los pájaros, Algunas bestias, 3 poèmes qui évoquent la genèse du continent sud-américain, la naissance de la végétation, des oiseaux et de certains animaux.
La united Fruit Company, Amor América, 2 poèmes qui témoignent de l'oppression et de l'exploitation du continent sud-américain.
Los libertadores, América insurrecta, 2 poèmes qui exaltent les luttes héroïques et folles pour la libération des terres meurtries.
Voy a vivir, A mi partido, 2 poèmes dans lesquelles Neruda se découvre et fait part de ses convictions politiques.
Pablo Neruda
les poèmes
Il entame l'écriture des tous premiers poèmes du Canto General en 1940 et c'est en 1950 qu'est publié l'ensemble de l'oeuvre depuis le Mexique. Dans ce recueil de 342 poèmes, Pablo Neruda évoque en images saisissantes la naissance du continent américain, l'histoire des peuples qui y vivent, y souffrent et y luttent contre les oppresseurs venus exploiter les hommes et les richesses d'une nature exubérante. C'est ce qui confère à l'oeuvre son caractère universel et humanitaire.
Cette poésie tellurique parle en des métaphores puissantes, en des déferlements d'images et de rythmes, de l'univers, au centre duquel il y a l'homme, l'homme comme élément de la nature, qui en souffre et qui en tire en même temps sa force. Les rapports entre l'homme et la nature deviennent symbole et modèle pour les relations entre les êtres.
Neruda a écrit la majeure partie de son épopée alors qu'il était en fuite et en clandestinité, à la suite de ses accusations contre président du Chili, le futur dictateur Gonzalez Videla qui mit sa tête à prix. Traqué par la police, Neruda a traversé "les champs, les ports, les villes, les campements, les maisons de paysans, des ingénieurs, des avocats, des médecins, des compagnons".
C'est pour cela que le Canto General est devenu ce cri déchirant de révolte contre toutes les forces et toutes les formes d'oppression, depuis celle des conquistadors sur les indigènes jusqu'à la terreur exercée par les dictateurs contemporains, "les mouches", mais aussi ce grand chant de solidarité avec les opprimés, les humiliés et les exploités, les travailleurs dans les mines de cuivre et de nitrate, les indios, les péons, les bûcherons. Le Canto General est une déclaration d'amour pour les gens simples, pour l'homme et la femme qui s'aiment et qui s'engagent pour un monde meilleur : "j'écris pour le peuple bien qu'il ne puisse lire ma posésie avec ses yeurs ruraux". Jamais un auteur n'avait exprimé aussi intensément et aussi radicalement son refus de la peur face à l'oppression : "mes vers ne veulent pas se soumettre à la vision d'un monde en décrépitude, mais il ne se soumettent pas non plus à une vague et douloureuse adoration de quelque chose qui n' a plus de signification vivante".
Quand il obtient le prix Nobel de Littérature en 1971, con Canto General a été défini comme "le poème américain qui donne vie aux destinées et aux rêves d'un continent et dans lequel un continent prend conscience de sa valeur" .
Le poète
de son vrai nom Neftalí Ricardo Reyes Basoalto, nait en 1904 à Parral au Chili de parents d'origine modeste. Son enfance, très proche de la nature, il la vit à Temuco, petite ville de l'Araucanie dans le sud du Chili. "Mon apprentissage est la nature : des souliers mouillés, des troncs cassés tombés dans la jungle, décorés de lianes". A treize ans, il publie ses premiers poèmes et textes en prose. A dix sept ans, il etudie la langue et la littérature française. Il étudie aussi la pédagogie. Il veut être professeur de français. A dix-neuf ans, il sort son premier livre. Il se fait très rapidement une renommée par ses publications et en donnant des récitals de poésies.
A partir de 1927, il devient un diplomate brillant : Consul à Rangoon, Colombo, Batavia, Buenos-Aires, Madrid, Mexico, il revient dans sa patrie en 1933 et en repart pour l'Espagne en 1935 où il est à nouveau consul. Il y fait la connaissance de Picasso, Rafael Alberti, Guillén, Frederico Garcia Lorca. Après le putsch fasciste du général Franco en 1936 et l'assassinat de Lorca, il se fait l'avocat de la République espagnole. Il est révoqué et écrit "España en el corazon" (l'Espagne au coeur) qu'il publie en 1937. Puis il fait des voyages au Mexique, au Pérou, à Cuba. En 1945, il est élu au sénat. En 1946, il soutient le Général Gonzales Videla qu'il aide à conquérir le pouvoir, mais qui se révèlera un terrible dictateur. Se sentant trahi, Neruda réagit par un discours au Sénat portant le célèbre titre d'Emile Zola : "J'accuse". Pour éviter l'arrestation, il part en exil en Europe où on le retrouve en URSS, en Pologne, Hongrie et Italie.
Un film "Le Facteur" retrace d'ailleurs une partie de son séjour dans ce pays.
Il visitera également l'Inde et à nouveau le Mexique. C'est là que paraîtra en 1950 son "Canto General" écrit dans la clandestinité. L'oeuvre est immédiatement interdite au Chili.
En 1952, il revient au Chili et publie en 1954 "Les Odes élémentaires". En 1957, il devient président de l'Union des Ecrivains chiliens. En 1964, il refuse d'être désigné pour la candidature à la présidence de la république, mais soutient pleinement la campagne électorale de Salvador Allende. Il devient Ambassadeur du Chili à Paris après l'élection de celui-ci.
Prix Nobel de littérature en 1971, il est alors considéré comme l'un des plus grands écrivains de langue espagnole. Dans son discours qu'il prononce à Stockholm lors de la remise du prix, il évoque avec tendresse les frères inconnus qui l'aidèrent à franchir les Andes alors que sa tête était mise à prix.
Le 24 septembre 1973, soit quelques jours après le coup d'état militaire du 11 qui a vu sa maison pillée, ses livres brûlés par les militaires et l'assassinat de Salvador Allende, Pablo Neruda meurt à Santiago. Ses obsèques sont l'occasion d'une manifestation de protestation contre la dictature fasciste, malgré une surveillance policière effrayante.
Les poèmes de Neruda
Il entame l'écriture des tous premiers poèmes du Canto General en 1940 et c'est en 1950 qu'est publié l'ensemble de l'oeuvre depuis le Mexique. Dans ce recueil de 342 poèmes, il évoque en images saisissantes la naissance du continent américain, l'histoire des peuples qui y vivent, y souffrent et y luttent.
Mikis Théodorakis
L'oratorio
1971. Mikis Theodorakis est en tournée au Chili lorsqu'il est invité au palais présidentiel par Salvador Allende. Il lui révèle son admiration pour Pablo Neruda et son souhait de mettre en musique quelques poèmes du Canto Général. Enthousiasmé, Allende désigne lui-même neuf poèmes qui se prêteront le mieux à une mise en musique.
De retour à Paris où il est en exil, Theodorakis se met aussitôt au travail. Il fait venir de Grèce son ami Didilis qui connaît bien sa musique. Tous les deux se plongent dans la composition et travaillent d'arrache-pied pendant 3 mois pour tenir l'objectif promis au président chilien.
La première rencontre des deux statures, Theodorakis et Neruda se fait en 1972 à Paris. Theodorakis l'invite dans un studio d'enregistrement à venir écouter son oeuvre mise en musique. Le lendemain, il reçoit une invitation à dîner à l'ambassade du Chili. Neruda semble avoir pris goût à la musique du compositeur grec. le Canto est le principal sujet de conversation du repas. Pour compléter l'oratorio et lui donner une touche finale, Neruda propose d'y intégrer Lautaro, Sandino, A Emilano Zapata, 3 poèmes qui évoquent les grandes figures des combats des peuples d'Amérique Latine.
Le premier concert est donné dans le gigantesque stade Luna Park de Buenos-Aires. Face à une foule immense, sept chants sont présentés. C'est un succès considérable. Neruda qui a promis de s'y rendre est absent. Une semaine plus tard, à Santiago, Neruda est également absent du concert. Malade et alité, il ne peut se déplacer. Theodorakis ne verra plus jamais Neruda car pris par les concerts, il est obligé de quitter le chili pour le Venezuela. C'est là qu'il apprendra le coup d'état du 11 septembre, et treize jours plus tard, la mort de Neruda. C'est cette mort qui incitera Theodorakis à commencer durant l'hiver 1973/74, l'arrangement orchestral définitif de l'oratorio alors qu'il n'avait été accompagné jusque là que d'un orchestre populaire.
Après la chute de le junte grecque en 1974,Theodorakis fait un retour triomphal dans son pays et pour fêter l'évènement présente le Canto General dans un stade en délire à Athène.
L'oratorio sera complété durant l'hiver 180/81 à Paris d'une treizième pièce, Neruda Requiem Eternam, hommage vibrant de Theodorakis à Neruda, ce compagnon de lutte devenu son ami.
Le compositeur
nait en 1925 en Grèce sur l'île de Chios d'une mère originaire d'Asie Mineure et d'un père Crétois. Celui-ci, fonctionnaire d'Etat, lui permet de vivre une partie de son enfance dans plusieurs pays méditerranéens dont la Lybie grâce à ses nombreuses mutations.
Mais passionné de musique, c'est au conservatoire d'Athènes qu'il étudie. Elève doué, il écrit ses premières compositions à l'âge de douze ans et donne ses premiers concerts à dix-sept. En 1954, jeune marié et boursier, il s'installe à Paris avec son épouse et s'inscrit au conservatoire dans les cours d'Eugène Bigot et Olivier Messiaen.
En 1957, il obtient sa première reconnaissance internationale par une médaille d'or qui lui est décernée lors d'un festival de musique à Moscou pour sa "Suite n°1 pour piano et orchestre" ; le président du jury est Dimitri Chostakovitch.
Son oeuvre est considérable, constituée de symphonies, de ballets, de chants folkloriques, de musiques de chambre. Elle est couronnée de succès, mais c'est par ses musiques de films, Z, Serpico, Zorba le Grec, qu'il doit sa renommée mondiale. Zorba le Grec est même devenu le symboe et l'expression des connaissances et traditions grecques.
Très tôt, Mikis Theodorakis s'engage politiquement. Dans toutes les périodes sombres que traverse la Grèce, ses luttes sont marquées par le courage et la justice qui déterminent grandement sa voie, que ce soit pendant l'occupation italo-allemande en 1941, pendant la guerre civile de 1945 à 1949 contre les forces contre-révolutionnaires ou en 1967 lors de l'arrivée de la junte militaire au pouvoir. C'est un résistant, un combattant, ce qui lui vaudra d'être plusieurs fois arrêté, torturé et même laissé pour mort. Olibgé de rentrer en clandestinité en 1967 et de s'exiler à Paris en 1970 où il est accueilli par Mélina Mercouri, Costa Gavras et de nombreux grecs en France, il y crée le Conseil National de la Résistance dont il prend la tête. Il est interdit de diffusion culturelle dans son pays et presqu'oublié du public jusqu'en 1970. Elu au parlement en 1981, il abandonne son mandat en 1986 pour retourner à la composition. Il est ministre "sans portefeuille" dans le gouvernement de Mitsotakis de 1990 à 1992. Il prend ensuite la direction de l'orchestre et des choeurs de la Radio Télévision Hellénique avant de se remettre à composer des oeuvres comme les opéras Médée en 2001 et Lysistrata en 2002 ou le cycle de chansons Odysseia en 2007.
Mikis Théodorakis a obtenu de très nombreuses distinctions honorifiques dans d'innombrables pays : Doctor honoris causa des Universités de Montréal, Salonique, Istanbul ; Commandeur dans l'Ordre de la Légion d'Honneur en 2007 en France.

